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LUCIE ROULLIER

PARCELLE 288 - ZONE VERTE

Titre : “à la racine”

Histoire : Une histoire de forêt, de guerres, de transmission et de fantômes de clandestinité et d’identité.s, de héros et de traîtres.
Une histoire au passé simple - et compliqué - au présent et au futur.
Une histoire de petites histoires dans l’Histoire, sur plusieurs générations, une recherche documentaire où les mots sont parfois trop petits,
Une histoire bricolée en carton-bois, papier mâché, gouaches et feutres pour se demander ce qui pousse sur le silence quand les racines et les cimes qui nous portent - brûlent - encore -

Cette maison est basée sur l’un de mes dessins réalisé un peu avant le lancement du projet Cool City, et qui accompagne une recherche documentaire menée aussi dans des archives.
Dans tout mon travail plastique, la couleur est mon langage. J’aime le contre pied, le décalage poétique pour aborder des sujets sérieux. Même si au cours du processus ma maquette a souvent évolué dans ses matériaux, l'idée d’origine a été conservée et s’est affinée au fil des expérimentations techniques mais aussi en rapport à l'actualité. Comme à l'origine dans ce dessin, je voulais lier la forêt à l’habitat, l’habitat aux racines, à la transmission, la mémoire - l’histoire qui nous porte - qu’elle soit connue ou ait disparu.
J’ai grandi dans une forêt du Calvados, en Normandie - dans le village maternel - et la forêt est un personnage régulier de mes illustrations. Carrefour de problématiques et richesse des imaginaires, elle est pour moi une figure inspirante pour penser nos rapports à notre milieu naturel et au non-humain, mais aussi à nos semblables - comme à nos intériorités. La zone verte était donc la zone idéale pour m’installer.
“Ma” forêt est hantée par l'histoire de la Seconde Guerre mondiale. Totalement occupée, exploitée à plein régime par l'armée allemande, puis enfin intense terrain d’affrontement de la 1ere division SS Adolf Hitler…elle sera abondamment bombardée. Aujourd’hui régénérée, elle cache ses stigmates et ces vestiges sous ses feuilles pleines de vie.
Conséquence directe du vécu traumatique de ce conflit, le récit familial a été coupé de ses racines par mon grand-père, comme si cette famille était née après la guerre. C’est aussi la répétition d’un silence hérité avant lui, lié à l’Arménie. Une histoire de violences donc, sur plusieurs générations.
On a abîmé les liens, tu(é) les mots donc la capacité à penser, et il n’en restait que des trous et des fantômes muets en héritage. Comme dans le Réalisme Magique, j’ai besoin de la poésie pour accompagner ma recherche, retrouver et retisser du sens là où les mots ont été enlevés parce que trop petits ou trop vertigineux.
Assis sur des cimes qui brûlent.
Qu’est-ce qui pousse sur le silence?
Ma recherche, c’est donc venir gratter la mémoire, le silence.
Ironiquement, j’achève cette maquette à un moment où le retour d’imaginaires fascistes entame une réécriture du récit et l’inversion du sens des mots, favorisé justement par un oubli progressif de cette mémoire. On peut aussi y voir une fable sur le lien entre ces violences et la volonté de domination /prédation de la nature.

Technique - Matériel : carton bois, médium (MDF), bois, papier mâché, bandes de plâtres, gouache, feutres à alcool, crayons de couleur.

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